J’AI VOULU VOIR LA MER

EN 38 ÉTAPES ET EN COULEURS

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J’AI VOULU VOIR LA MER

EN 38 ÉTAPES ET EN COULEURS

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Dans la région où je vis, je ne trouvais rien qui soit digne d’être photographié. Le Poitou, en effet, n’est connu ni pour le Taj Mahal, ni pour l’Everest, ni pour les grands échangeurs japonais. Je me trouvais donc devant une alternative : dénigrer ce pays ou bien nettoyer mes yeux et, parce que je n’aime pas mépriser quelque paysage que ce soit, et encore moins les hommes et les femmes qui y vivent, je choisis cette seconde voie. Je devais trouver un autre regard. Je devais donc trouver un autre regard et voici ce que j’ai fait.

Sur une carte, j’ai pointé le lieu de départ. Ce fut ma maison, mais j’aurais pu partir d’ailleurs, bien sûr. Ensuite, je me suis donné un motif, aussi étranger que possible à mes motivations de photographe. Ce fut l’océan, juste parce que la mer me repose. Sur la carte, j’ai tracé une ligne aussi courte que possible entre ma maison et le bord de mer ; il se trouve qu’elle se terminait juste après la petite ville de Marans, à quelque 130 kilomètres de mon point de départ. Il était clair que j’aurais à prendre des petites routes et comme je ne suis pas un mordu de vitesse, je m’accordais au moins trois heures pour parcourir la distance.

Voilà le point important :

je décidai d’arrêter ma voiture toutes les cinq minutes pour faire une ou plusieurs photographies juste à l’endroit où je la garais. Je m’imposai aussi de ne pas m’arrêter plus de dix minutes à chaque fois et, en retour, de ne rien photographier en dehors de ces moments photographiques, même si je rencontrais le Taj Mahal en chemin. Finalement, mon voyage dura approximativement six heures dont un peu plus de trois ont été consacrées à quelques 38 pauses photographiques.

Ainsi, j’ai réalisé un corpus de plus d’une centaine d’images, quelque chose comme une road story, et, modestement, je pense que quelques unes sont aussi dignes d’être vues que bien des clichés du Taj Mahal. C’était la première fois que j’utilisais cette méthode que j’ai appelé après coup « the pictures road method » (je n’ai pas trouvé d’équivalent français qui me plaise). Elle m’a permis de nettoyer mon regard de bien des clichés. A vrai dire cependant, je n’en suis pas le créateur, elle m’a été inspirée par les règles de la littérature oulipienne.

Making of


Concernant la production de J’ai voulu voir la mer , il y a peu à ajouter au protocole ci-dessus décrit, sinon que Je me suis servi d’un grand-angle de 20 mm pour voir apparaître les images plutôt que les prendre dans mon viseur. Ensuite les fichiers bruts ont été développés avec Photoshop (je n’avais pas encore Capture One). Je n’ai pas fait de recadrage, sinon lorsqu’une correction de parallaxe l’exigeait et je n’ai pas effacé d’élément, mis à part quelques câbles ou quelques saletés qui brisaient la dynamique visuelle de l’image.

L’objectif principal de ce développement a été, finalement, de donner toute sa force à la richesse chromatique enregistrée par le capteur et c’est en poursuivant cet objectif que je me suis aperçu que certaines images étaient plus nuancées en gris (on dit aussi en « noir et blanc »).

Cela a donné naissance à deux corpus, l’un en gris, l’autre en couleurs, qui comprennent quelque images redondantes mais aussi beaucoup de photographies différentes. En grand format contre un mur, J’ai voulu voir la mer ne donnera sans doute rien de bon. En revanche, j’aime sortir ces images de leur boite pour redécouvrir leur histoire.