LA FORCE DES FLEURS

 

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LA FORCE DES FLEURS

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Depuis longtemps, la forme des fleurs est vantée alors que leur matière paraît si faible. Ce n’est là, d’ailleurs, semble-t-il, qu’une application légitime d’un principe bien plus général : celui de la supériorité de la forme. Car, que serait une fleur sans forme ? Nous ne pouvons le concevoir et, par conséquent, nous considérons que la matière des fleurs ne serait rien sans une force supérieure qui lui donne une jolie forme de fleur. Et c’est bien cette forme que nous voyons revenir chaque année faire éclore les bourgeons et c’est elle encore que recopient les peintres, les sculpteurs ou les photographes. Du moins pouvons-nous le croire, puisque nous ne comprenons pas comment il pourrait en être autrement.

Avec La Force des fleurs, je veux travailler les matières des fleurs.

tester leur résistance, que l’on peut aussi appeler leur plasticité. Il s’agit de fondre leur texture dans d’autres réputées bien moins fragiles, telles que l’or, la fonte ou le cuir, ou plus éternelles, telle que la lumière, jusqu’à ce que leur singularité joue de concert. Je teste l’hypothèse selon laquelle ces matières se transforment sans se perdre, et cela sans qu’il soit nécessaire de faire appel à des formes. Et finalement, la faiblesse des fleurs devient encre et papier pour poursuivre dans une plastique partagée le dialogue que les fichiers numériques ont initié.

Car, enfin, et c’est peut-être là le principal, le plaisir est toujours immense de voir la matière des fleurs dopée par la lumière du studio renaître sur le papier souple et délicat qui sort de l’imprimante.

Making of


Voici donc le début d’un travail sur les fleurs ou, plus largement, sur les jeux de matière que révèlent les lumières de mon studio. Le point de départ tient en une sorte de révolte contre le privilège accordé aux formes au détriment du temps qui transforme, déforme, réforme… et, donc, de la matière qui, elle, vit toutes ces métamorphoses. Vous voyez que ce n’est qu’un début, car le projet est très vaste; il est d’ailleurs sans doute trop ambitieux pour un seul photographe. Pour réaliser ces photographies, je privilégie un appareil à capteur sans filtre passe-bas (pour la précision) et un grand-angle de 20mm. Cette optique permet de saisir les volumes sans briser la profondeur avec des flous de profondeur de champ. Ainsi, me semble-t-il, la fleur se révèle d’elle-même, sans faire l’objet d’une intention qui la forme. La lumière est produite par une « softbox » à laquelle s’ajoutent diverses sources plus ou moins larges. Je privilégie depuis quelques temps les spots très resserrés, mais, il s’agit toujours d’un bricolage d’amateur plutôt que d’un savoir-faire de professionnel. J’aime bien cette démarche, même s’il faut que je la travaille, car elle me permet de découvrir des photographies que je n’aurais jamais su prévoir. Les fichiers bruts sont développés avec Capture One Pro pour les harmonies chromatiques et avec Photoshop pour les corrections locales. Le but étant, ici, de voir apparaître une image que je n’avais pas imaginé. Cette puissance de la photographie, bien au-delà d’une croyance en son réalisme, se retrouve à la sortie de l’imprimante, avec les encres Lucia de Canon. Je remercie à chaque impression les ouvriers qui les fabriquent ! En grand format les photographies de La force des fleurs peuvent être décoratives sans perdre leur sens. En revanche, je n’ai pas encore la vingtaine d’images qui pourra constituer une série visuellement cohérente et, ainsi, faire l’objet d’un tirage en petit format, à ranger dans une boîte.