IMANUAGES POUR STIEGLITZ

 

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IMANUAGES POUR STIEGLITZ

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Alfred Stieglitz a vécu à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème, il a laissé, parmi toutes ses œuvres, un corpus de photographies de nuages qu’il intitulait Equivalent. Je voudrais vous expliquer pourquoi ces images sont importantes pour moi. A cette époque, la plupart des photographes prenaient des choses réputées belles avec leur chambre avant de révéler leur négatifs sur verre. Ils développaient ensuite leurs positifs sur papier, de telle sorte que les photos ressemblent à de belles peintures.

Cette pratique montrait qu’ils avaient des objectifs clairs et exigeait une importante culture ainsi qu’une ambition aristocratique. Stieglitz les quitta pour produire un art spécifiquement photographique et aussi démocratique. Il s’est contraint à résister aux règles académiques et à laisser se révéler le sujet, son esthétique et son sens photographiques, là, devant son appareil, plutôt que de leur imposer ses préjugés.

C’est là le premier point : comme photographe, il se devait de refuser toutes les idées reçues à propos de ce qui est beau en photographie ou ne l’est pas. Il devint célèbre et collabora avec de nombreux artistes, exposant leurs sculptures ou leurs peintures à la « Galerie 291 » à côté d’œuvres photographiques, au 291 de la Cinquième Avenue à New York. Un jour, cependant, un critique dénigra la valeur démocratique de ses images : il écrivait qu’elles étaient belles parce que les sujets photographiés étaient déjà beaux par eux-mêmes, et, par conséquent inaccessibles au peuple qui ne pouvait se permettre de les rencontrer. Stieglitz fut très touché par ce jugement qui le renvoyait du côté des aristocrates. Il sentit le besoin de prouver, pour lui-même avant tout, que la photographie est vraiment un art pour tous et pour chacun.
 

Ainsi naquirent les Equivalent :

 
quel sujet plus démocratique que les nuages aurait-il pu photographier ? Peut-être que cette histoire vous paraît désuète, pour ma part je ne le crois pas; de très nombreux photographes, aujourd’hui encore forcent leurs images avec des normes académiques. Ils se donnent des ambitions aristocratiques, recherchant le meilleur sujet pour la plus belle image et, bien sûr, pour devenir un des meilleurs photographes.

Le travail d’Alfred Stieglitz est indispensable, peut-être encore plus aujourd’hui qu’hier, quand les médias de masse transforment les œuvres en clichés; bien loin, très loin des esthétiques photographiques et de leur valeur démocratique. Nous avons encore à transmettre cette proposition : essayez-vous aux photographies de nuages et vous sentirez la vie du monde à fleur de peau.


Making of



Ce corpus en hommage à Alfred Stieglitz a été réalisé sur une période de deux ans environ. Depuis ma terrasse je photographiais le ciel lorsque les nuages m’en donnaient l’envie, pour une raison ou pour une autre. L’appareil photographique était un Sigma DP3 Merrill. Il est doté d’un petit téléobjectif et il a surtout un capteur particulier, appelé « foveon », composé de trois couches de micro-sites : pour les rouges, les verts et les bleus (alors que la plupart des capteurs ont des micro-sites qui enregistrent toutes les longueurs d’onde, laissant au micro-processeur de l’appareil le soin de les décomposer en RVB).

Il en résulte des images d’une très grande précision et d’une très grande richesse chromatique ; en contre-partie, il faut beaucoup de lumière pour profiter de ce capteur car, au-delà d’une sensibilité de 100 iso, les images deviennent très vite brouillées par les bruits électroniques.

Ensuite, j’ai développé les fichiers bruts avec le logiciel fournit par Sigma, seul capable de les lire. J’en ai sélectionné quelques uns parmi plusieurs centaines et je les ai traité avec Photoshop afin de mettre en évidence visuellement ce qui, dans chacun, m’avait semblé justifier ma sélection. Ainsi est né ce corpus d’ imanuages. J’en ai imprimé quelques-unes pour le plaisir, avec une Canon IPF 5100, aux fabuleuses encres pigmentaires, sur du papier Canson Infinity Rag (mat), tout en coton.

Je peux vous assurer que c’est toujours une expérience fantastique de voir ainsi sortir de la machine des couleurs plus étonnantes que celle que j’avais pu imaginer. A l’avenir, ces imanuages pourraient être exposées ou bien vendues. Et aussi, j’aimerais les tirer en petits formats pour en faire des sortes de boites que l’on pourrait offrir. A suivre… donc.