EN ATTENDANT LE FUTUR

 

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EN ATTENDANT LE FUTUR

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ll y a des lieux qui n’en sont pas, ou qui n’en sont plus ou pas encore. Leur terre elle-même est comme déracinée, investie par toute une topologie, des plans, des budgets, des chantiers qui arrivent là sans qu’elle ne puisse se faire entendre. Une sorte de rivalité se met alors en place, entre la mémoire et la promesse, entre le passé et ses certitudes, parfois stériles, et le futur et ses ambitions, souvent illusoires et mensongères. Plus tard il apparaîtra peut-être que les choix n’ont pas été si mauvais ou, au contraire, que c’était mieux avant. Mais il est un moment, comme suspendu entre deux temps, où se pose la question de la vanité :

dans combien d’années ces grands chantiers, certifiés par tant de rigueur technique, autorisés par une géométrie urbaine que l’on veut croire intemporelle, planifiés au nom d’une globalisation que l’on dit inéluctable, ici comme partout et comme nulle part, deviendront-ils des vestiges, des ruines détrônées par les racines et les herbes folles, celles du pays et de ses saisons ?

En attendant le futur voudrait poser le problème, la difficulté du choix ; faire apparaître la nécessité d’un habitat qui ne soit pas une simple résidence, d’un lieu qui ne soit pas des coordonnées abstraites, sans pour autant refuser les métamorphoses du paysage.

Il n’appartient pas au photographe, bien sûr, de choisir une voie ou l’autre. En revanche, ne doit-il pas affirmer qu’il n’existe pas d’autres lieux que les lieux de vie, que le droit d’habiter la terre et d’être habité par elle est inaliénable et que ce droit doit-être le critère ultime de toute décision topographique ?


Making of


Qu’est-ce qui a déclenché ces photographies ? A vrai dire, je crois que c’est le jeu des couleurs entre le ciel et la terre d’un côté et, de l’autre, le blanc et les couleurs vives des chantiers, avec le noir du bitume comme témoin ambigu. Cet écart de chromatisme a fait sortir l’appareil et son grand-angle (20mm) pour donner tout l’espace nécessaire à son discours et au problème qu’il pose. Une fois les fichiers bruts développés, la cohérence chromatique établie, il suffisait d’effacer les quelques éléments trop lointains pour faire sens (notamment quelques bouts de voiture qui apparaissaient derrière les arbres) ou trop circonstanciés (les noms des promoteurs immobiliers par exemple).

Que faire de cette série de photographies ? Les premiers tirages montrent qu’elles supportent l’exposition. En revanche, elles ne sont peut-être pas assez nombreuses pour faire un corpus en livret ou dans une boîte. Finalement, elles sont peut-être bien sur le net.