Les Terres rouges

Les Terres rouges




Au pied de la Sainte-Victoire, il y a un endroit que l’on appelle « les terres rouges ». J’y venais souvent quand j’étais enfant pour vivre des aventures extraordinaires et puis, l’âge avançant, les sensations suffirent. Pendant plusieurs années, à la fin des vacances d’été, mes parents, mes oncles et tantes, installaient les caravanes dans le camping de Beaurecueil. Nous y venions les week-end quand le temps s’y prêtait et, sitôt arrivé, je marchais vers les Terres rouges. Je réapparaissais au moment du repas et repartais après la vaisselle.

C’est ici que mon âme a germé.

L’âme d’un homme est une terre qu’il rencontre et qui l’habite. Il ne la possède pas. Elle le cultive. Elle le fait croitre et s’épanouir. Les émigrés le savent qui la portent avec eux, parce qu’elle est le trésor qu’ils ont à offrir, les germes de verdure qu’ils dessinent sur nos pentes arides… autres hommes, autres âmes qui se croisent et se métissent sans que les différences ne s’effacent. Car la diversité est la condition essentielle de la vie, celle des espèces aussi bien que des hommes, celles des organismes aussi bien que des cultures.
Et puis, bien sûr, il y a les gens sans terre. Ceux qui remplacent « habiter » par « propriété », qui reniflent leurs portefeuilles en guise de culture, comme les chiens reniflent leur derrière, qui croient en l’unique esprit du gain. Même l’âme la plus pacifique est alors obligée d’entrer en résistance et de combattre pour éviter le piège de l’ethnocide planétaire que ces gens-là lui tendent.

Il y a deux ans, j’ai planté ma tente au même camping, là où mes parents installaient la caravane : le camping Sainte-Victoire.
Quarante cinq ans ont passé. Les arbres venaient alors d’être plantés, ils font maintenant de belles ombres pour protéger du soleil. La nuit nous a offert un orage comme seules les montagnes méditerranéennes savent en donner : bruyant et rassurant, spectaculaire et festif. Le lendemain je suis parti marcher avec mes appareils photo, le sol était déjà sec, presque partout.

Il n’y a pas de point de vue sur les Terres rouges. Il n’y en a pas davantage sur la planète terre, d’ailleurs. Il s’agit plutôt d’une succession de paysages que l’on doit parcourir lentement, au hasard.

Il n’y a pas à chercher l’extraordinaire, vos pieds vous l’offrent à chaque pas. Les cristaux d’argile craquent, roulent sur les pentes et découvrent une terre plus dense, plus compacte, comme si vos semelles avaient briser l’écrin qui la parait. Mais vous savez qu’immanquablement la pluie et le vent la laveront de ses particules les plus fines et, qu’à nouveau, les cristaux seront là, à fleur de peau, rugueux et secs, pour la protéger du soleil.

Je ne sais si cette terre a une odeur. Ailleurs l’humus mélange les plantes et les enveloppe d’un même arôme. Ici ce n’est pas ça. Dès que la pluie s’évapore, il faut faire craquer les brindilles, frotter les feuilles des chênes, les épines des pins. Leurs odeurs arrivent alors par vagues, fortes et sensuelles, et chacune reste reconnaissable. La chaleur de la terre, celle-là même que vous libérez avec vos pieds, les transportent jusqu’à vos narines comme les effluves d’un riche parfum.

Le rouge s’épaissit ainsi de vapeurs qui pénètrent mes pores ; Il investit mon corps et me dit que je suis son hôte.

Ashes of stupidity

Ashes of stupidity




Il y a une quarantaine d’années, sur les bords des routes de Provence, les autorités avaient placé des panneaux de prévention contre les incendies. Beaucoup trop d’automobilistes, en effet, jetaient leurs mégots et leurs allumettes par la fenêtre de leur voiture. D’autres faisaient des feux de camp et certains, même, prenaient plaisir à allumer des incendies. Sans doute certains étaient inconscients et d’autres criminels, mais le résultat était le même : le pays était dévasté par le feu tous les étés, la roche était ensuite lessivée par les pluies et pour de nombreuses années, le paysage n’était plus fait que de pierre blanche et de bois noir.

Comment quelqu’un peut-il être assez stupide pour ne pas comprendre qu’un buisson sec sous la chaleur du soleil s’enflammera à la première étincelle ? Comment peut-on trouver son plaisir en brûlant des forêts ? Je l’ignore. Mais le fait est que ces campagnes de sensibilisation ne furent pas inutiles. le nombre d’incendies diminua pendant quelques années. Et aussi, les pompiers firent un travail remarquable, de plus en plus efficace.

Mais avec l’été 2017 il faut croire que la bêtise est revenue.

Les incendies ont été nombreux et très étendus, et pas seulement en Provence. Je me suis rendu près de la mer, là où je passais mes vacances certaines années, quand j’étais enfant. Nos sandales, alors, faisaient craquer la terre sèche, l’air chaud sentait la résine de pin et le thym, nous apportant l’assurance d’être à notre place, enraciné dans notre pays, même si le bruit des cigales n’était pas un chant mais plutôt une épreuve existentielle.


Making of


Les cendres de la bêtise (The Ashes of Stupidity) est née d’un besoin impérieux de produire des images accusatrices, qui resteraient après l’actualité d’un été. Je suis sans haine et sans violence, mais les incendiaires me révoltent et me dégoutent autant que les violeurs, les managers ambitieux et les poseurs de bombes. Ce corpus devait donc ressembler à un témoignage aussi neutre que possible, c’est à dire conforme aux croyances du réalisme photographique.

Pour cela, j’ai opté pour un 50mm, l’optique dont l’angle de champ est le plus proche de celui de la vision humaine. J’ai aussi joué sur les profondeurs de champ, comme un œil qui tantôt se focaliserait sur un détail, tantôt s’ouvrirait au paysage. Les fichiers bruts ont été développés avec le logiciel Capture One Pro afin d’harmoniser les couleurs d’une image à l’autre autour d’une sorte de gradient entre le brun de la terre, le gris des cendres et le noir des charbons de bois.

Ces images pourraient être exposées pour « éveiller les consciences ». Elles pourraient aussi être diffusées sous forme de livre ou de boite… A suivre.

DRH Power

DRH Power




La série DRH Power est dédiée à tous ceux qui ont été mis au placard après des années de travail;

à tous ceux dont le chef de service change les fonctions sans concertation;

à tous ceux auquel le supérieur sait ou savait donner les avis et les ordres problématiques à l’oral seulement et sans témoin;

à tous ceux dont le directeur a dit qu’ils étaient incapables de changer lorsqu’il ne voulait plus s’en servir;

à tous ceux pour qui le mot « expérimenté » signifie hors d’usage,

qui ne peuvent plus être les acteurs de leur vie et deviennent des charges pour la société;

à tous ceux auxquels un conseiller a expliqué froidement que la « courbe de deuil » conduit à la dépression, comme si, pourqu’il y ait un deuil, il ne fallait pas qu’il y ait un mort;


à tous ceux qui ont peur au travail, qui ont été ou sont aujourd’hui des ressources et non des hommes.

Making of


(Ce corpus est arrêté actuellement, car il me faut trouver un nouveau local pour mon studio.)