Un chapitre de La Valeur des photographies

Un chapitre de La Valeur des photographies

Un chapitre de La Valeur des photographies

[La première partie de La valeur des photographie étudie la photographie Nu Provençal de Willy Ronis et découvre une éthique des auteurs faite de dons et de contre-dons. Voici le quatrième chapitre (a.d).]

Pour en savoir plus sur La Valeur des photographies, c’est par ici 

a.d Willy Ronis est l’horizon de mon regard ;

il est le nom pour lequel je dois rendre mon contre-don.

Il convient donc de distinguer soigneusement, d’une part, le chemin qu’a suivi la photographie pour arriver jusqu’à moi et, d’autre part, le don du Nu provençal qui m’advient. Le premier conduit jusqu’au livre, à la revue, à la librairie, au site Internet ou encore jusqu’à son exposition sur des cimaises, jusqu’au tiroir d’une galerie. Il a nécessité un webmaster, un imprimeur, un tireur, un éditeur, un transporteur, un libraire, un commissaire ou un galeriste, des institutions publiques ou privées, bref, une chaîne de distribution. Tout au long de cette chaîne les intentions ont certainement été multiples, depuis le souci de partager le plaisir de belles images jusqu’aux nécessités commerciales qui obligent à flatter le goût du plus grand nombre pour amortir les frais. Dans ce sens, la photographie est indéniablement une affaire commerciale. Ce commerce n’est pas nécessairement vénal et son motif peut être tout autre que l’appât du gain. Mais, quoi qu’il en soit, il consiste toujours en une vente et un achat. La demande est comprise dans l’offre, l’intérêt du lecteur ou du visiteur sont prévus dans le souci de l’éditeur ou du commissaire d’exposition, l’achat de l’épreuve dans l’expertise du galeriste. La photographie est distribuée en une série de relais où la législation du prévisible précède l’effectivité du fait.

Pourtant, ce n’est pas de cela qu’il s’agit dans l’aventure qui m’advient avec la photographie du Nu provençal. J’ai beau savoir que je ne suis pas spécialement visé par toutes les institutions de cette distribution, je n’en reçois pas moins la photographie comme un don que l’auteur me fait, à moi. Car je ne reçois pas seulement une image contractuelle mais bel et bien le regard photographique de Willy Ronis. Il est là, devant moi, dans le Nu provençal. Et lorsque je regarde ce regard, je suis pris dans une coprésence avec le photographe qui, bien qu’énigmatique, ou étonnante, ne relève d’aucun des marchands qui m’ont vendu la photographie. La différence se tient précisément ici : la demande n’est plus comprise dans l’offre. Mon regard n’était pas prévu et c’est donc à moi qu’il revient de répondre, ou non, de cette présence du regard advenu dans la photographie. Dans un sens je suis bien plus libre devant ce don puisque je n’ai signé aucun contrat avec l’auteur. J’ai payé mon dû aux services de distribution et je peux refermer le livre, quitter la galerie, je n’ai plus d’engagement commercial. Pour autant, je reste responsable de la gratuité du don du regard photographique. Si je vois ce regard et quitte l’image sans lui répondre, je reste en dette, quel que soit le prix auquel je l’ai payée. Le fait du Nu provençal a, en somme, précédé mes droits. L’éthique du don et du contre-don est venue avant l’économie de la vente et de l’achat.

***

Dans l’ordre commercial, le nom de l’auteur, Willy Ronis, figure en légende sur la page imprimée ou sous la photographie exposée et il semble alors arbitraire, aussi arbitraire qu’une naissance pour l’état civil. Car, même en admettant qu’il désigne l’individu qui a appuyé sur le déclencheur, il semble parfaitement injustifié que, par ce petit geste, il s’impose à tous ceux qui ont participé à cette reproduction, depuis le tireur jusqu’à l’ouvrier de l’imprimerie ou l’installateur de l’exposition, en passant par le transporteur, l’éditeur ou le commissaire. Chacun a apporté son savoir-faire et une mauvaise épreuve ou un mauvais éclairage ruineraient les meilleures photographies. L’auteur devrait alors se dissoudre de main en main jusqu’à n’être plus qu’un maillon de l’institution photographique. Bien mieux, celui qui a pris la photographie était sans aucun doute tributaire d’un appareil photographique fabriqué par une industrie, et aussi des goûts du public, du succès assuré ou des rencontres de personnes bien placées. Willy Ronis a certainement profité de la demande internationale pour une sorte de welfare français dont étaient friands les Américains après les investissements du plan Marshall. Et, en contrepartie, combien d’index déclenchants n’ont jamais laissé de renommée, faute d’avoir été partie prenante de ce marché des images qu’assurent la mode et le principe de l’offre et de la demande ? Des milliers, des millions de photographes restent ainsi inconnus et le resteront à moins que le marché redécouvre leurs photographies. Il faudrait alors en conclure que le nom du photographe n’est qu’un label de distribution des images, une marque et un certificat de vente. Suivant les fluctuations du goût, il s’efface lorsque d’autres apparaissent, devient gage d’archaïsme ou de contemporanéité, pour des distributions plus ou moins spécialisées en fonction des attentes de telle ou telle cible commerciale. Demarchy pour les pictorialistes, Mapplethorpe pour les gays, Tosani pour les plasticiens, etc.

Il en va tout autrement sous l’égide du don. Ici, le nom de l’auteur désigne clairement le regard que je regarde et, par conséquent, celui envers lequel je suis en dette d’un contre-don. Il est l’adresse du retour de mon regard, motivée par la photographie que j’ai sous les yeux. En somme, le regard de Willy Ronis m’advient avant son nom. La photographie a court-circuité tous les contrats intermédiaires, y compris le copyright qu’un certain Ronisen a signé. Willy Ronis n’est pas le nom de la personne qui a pris la photographie, mais l’horizon de mon regard ; il est le nom pour lequel je dois rendre mon contre-don. Et ce n’est donc que dans la photographie même que je puiserai le motif de mon dire, dans le point de vue que je vois, la mise en scène, les réglages, les gestes qui l’ont produite.

Un chapitre de La Valeur des photographies

[La première partie de La valeur des photographie étudie la photographie Nu Provençal de Willy Ronis et découvre une éthique des auteurs faite de dons et de contre-dons. Voici le quatrième chapitre (a.d).]

En savoir plus sur La Valeur des photographies, c’est pas ici 

a.d Willy Ronis est l’horizon de mon regard ;

il est le nom pour lequel je dois rendre mon contre-don.

Il convient donc de distinguer soigneusement, d’une part, le chemin qu’a suivi la photographie pour arriver jusqu’à moi et, d’autre part, le don du Nu provençal qui m’advient. Le premier conduit jusqu’au livre, à la revue, à la librairie, au site Internet ou encore jusqu’à son exposition sur des cimaises, jusqu’au tiroir d’une galerie. Il a nécessité un webmaster, un imprimeur, un tireur, un éditeur, un transporteur, un libraire, un commissaire ou un galeriste, des institutions publiques ou privées, bref, une chaîne de distribution. Tout au long de cette chaîne les intentions ont certainement été multiples, depuis le souci de partager le plaisir de belles images jusqu’aux nécessités commerciales qui obligent à flatter le goût du plus grand nombre pour amortir les frais. Dans ce sens, la photographie est indéniablement une affaire commerciale. Ce commerce n’est pas nécessairement vénal et son motif peut être tout autre que l’appât du gain. Mais, quoi qu’il en soit, il consiste toujours en une vente et un achat. La demande est comprise dans l’offre, l’intérêt du lecteur ou du visiteur sont prévus dans le souci de l’éditeur ou du commissaire d’exposition, l’achat de l’épreuve dans l’expertise du galeriste. La photographie est distribuée en une série de relais où la législation du prévisible précède l’effectivité du fait.

Pourtant, ce n’est pas de cela qu’il s’agit dans l’aventure qui m’advient avec la photographie du Nu provençal. J’ai beau savoir que je ne suis pas spécialement visé par toutes les institutions de cette distribution, je n’en reçois pas moins la photographie comme un don que l’auteur me fait, à moi. Car je ne reçois pas seulement une image contractuelle mais bel et bien le regard photographique de Willy Ronis. Il est là, devant moi, dans le Nu provençal. Et lorsque je regarde ce regard, je suis pris dans une coprésence avec le photographe qui, bien qu’énigmatique, ou étonnante, ne relève d’aucun des marchands qui m’ont vendu la photographie. La différence se tient précisément ici : la demande n’est plus comprise dans l’offre. Mon regard n’était pas prévu et c’est donc à moi qu’il revient de répondre, ou non, de cette présence du regard advenu dans la photographie. Dans un sens je suis bien plus libre devant ce don puisque je n’ai signé aucun contrat avec l’auteur. J’ai payé mon dû aux services de distribution et je peux refermer le livre, quitter la galerie, je n’ai plus d’engagement commercial. Pour autant, je reste responsable de la gratuité du don du regard photographique. Si je vois ce regard et quitte l’image sans lui répondre, je reste en dette, quel que soit le prix auquel je l’ai payée. Le fait du Nu provençal a, en somme, précédé mes droits. L’éthique du don et du contre-don est venue avant l’économie de la vente et de l’achat.

***

Dans l’ordre commercial, le nom de l’auteur, Willy Ronis, figure en légende sur la page imprimée ou sous la photographie exposée et il semble alors arbitraire, aussi arbitraire qu’une naissance pour l’état civil. Car, même en admettant qu’il désigne l’individu qui a appuyé sur le déclencheur, il semble parfaitement injustifié que, par ce petit geste, il s’impose à tous ceux qui ont participé à cette reproduction, depuis le tireur jusqu’à l’ouvrier de l’imprimerie ou l’installateur de l’exposition, en passant par le transporteur, l’éditeur ou le commissaire. Chacun a apporté son savoir-faire et une mauvaise épreuve ou un mauvais éclairage ruineraient les meilleures photographies. L’auteur devrait alors se dissoudre de main en main jusqu’à n’être plus qu’un maillon de l’institution photographique. Bien mieux, celui qui a pris la photographie était sans aucun doute tributaire d’un appareil photographique fabriqué par une industrie, et aussi des goûts du public, du succès assuré ou des rencontres de personnes bien placées. Willy Ronis a certainement profité de la demande internationale pour une sorte de welfare français dont étaient friands les Américains après les investissements du plan Marshall. Et, en contrepartie, combien d’index déclenchants n’ont jamais laissé de renommée, faute d’avoir été partie prenante de ce marché des images qu’assurent la mode et le principe de l’offre et de la demande ? Des milliers, des millions de photographes restent ainsi inconnus et le resteront à moins que le marché redécouvre leurs photographies. Il faudrait alors en conclure que le nom du photographe n’est qu’un label de distribution des images, une marque et un certificat de vente. Suivant les fluctuations du goût, il s’efface lorsque d’autres apparaissent, devient gage d’archaïsme ou de contemporanéité, pour des distributions plus ou moins spécialisées en fonction des attentes de telle ou telle cible commerciale. Demarchy pour les pictorialistes, Mapplethorpe pour les gays, Tosani pour les plasticiens, etc.

Il en va tout autrement sous l’égide du don. Ici, le nom de l’auteur désigne clairement le regard que je regarde et, par conséquent, celui envers lequel je suis en dette d’un contre-don. Il est l’adresse du retour de mon regard, motivée par la photographie que j’ai sous les yeux. En somme, le regard de Willy Ronis m’advient avant son nom. La photographie a court-circuité tous les contrats intermédiaires, y compris le copyright qu’un certain Ronisen a signé. Willy Ronis n’est pas le nom de la personne qui a pris la photographie, mais l’horizon de mon regard ; il est le nom pour lequel je dois rendre mon contre-don. Et ce n’est donc que dans la photographie même que je puiserai le motif de mon dire, dans le point de vue que je vois, la mise en scène, les réglages, les gestes qui l’ont produite.

Un chapitre de La Valeur des photographies

[La première partie de La valeur des photographie étudie la photographie Nu Provençal de Willy Ronis et découvre une éthique des auteurs faite de dons et de contre-dons. Voici le quatrième chapitre (a.d).]

En savoir plus sur La Valeur des photographies, c’est pas ici 

a.d Willy Ronis est l’horizon de mon regard ;

il est le nom pour lequel je dois rendre mon contre-don.

Il convient donc de distinguer soigneusement, d’une part, le chemin qu’a suivi la photographie pour arriver jusqu’à moi et, d’autre part, le don du Nu provençal qui m’advient. Le premier conduit jusqu’au livre, à la revue, à la librairie, au site Internet ou encore jusqu’à son exposition sur des cimaises, jusqu’au tiroir d’une galerie. Il a nécessité un webmaster, un imprimeur, un tireur, un éditeur, un transporteur, un libraire, un commissaire ou un galeriste, des institutions publiques ou privées, bref, une chaîne de distribution. Tout au long de cette chaîne les intentions ont certainement été multiples, depuis le souci de partager le plaisir de belles images jusqu’aux nécessités commerciales qui obligent à flatter le goût du plus grand nombre pour amortir les frais. Dans ce sens, la photographie est indéniablement une affaire commerciale. Ce commerce n’est pas nécessairement vénal et son motif peut être tout autre que l’appât du gain. Mais, quoi qu’il en soit, il consiste toujours en une vente et un achat. La demande est comprise dans l’offre, l’intérêt du lecteur ou du visiteur sont prévus dans le souci de l’éditeur ou du commissaire d’exposition, l’achat de l’épreuve dans l’expertise du galeriste. La photographie est distribuée en une série de relais où la législation du prévisible précède l’effectivité du fait.

Pourtant, ce n’est pas de cela qu’il s’agit dans l’aventure qui m’advient avec la photographie du Nu provençal. J’ai beau savoir que je ne suis pas spécialement visé par toutes les institutions de cette distribution, je n’en reçois pas moins la photographie comme un don que l’auteur me fait, à moi. Car je ne reçois pas seulement une image contractuelle mais bel et bien le regard photographique de Willy Ronis. Il est là, devant moi, dans le Nu provençal. Et lorsque je regarde ce regard, je suis pris dans une coprésence avec le photographe qui, bien qu’énigmatique, ou étonnante, ne relève d’aucun des marchands qui m’ont vendu la photographie. La différence se tient précisément ici : la demande n’est plus comprise dans l’offre. Mon regard n’était pas prévu et c’est donc à moi qu’il revient de répondre, ou non, de cette présence du regard advenu dans la photographie. Dans un sens je suis bien plus libre devant ce don puisque je n’ai signé aucun contrat avec l’auteur. J’ai payé mon dû aux services de distribution et je peux refermer le livre, quitter la galerie, je n’ai plus d’engagement commercial. Pour autant, je reste responsable de la gratuité du don du regard photographique. Si je vois ce regard et quitte l’image sans lui répondre, je reste en dette, quel que soit le prix auquel je l’ai payée. Le fait du Nu provençal a, en somme, précédé mes droits. L’éthique du don et du contre-don est venue avant l’économie de la vente et de l’achat.

***

Dans l’ordre commercial, le nom de l’auteur, Willy Ronis, figure en légende sur la page imprimée ou sous la photographie exposée et il semble alors arbitraire, aussi arbitraire qu’une naissance pour l’état civil. Car, même en admettant qu’il désigne l’individu qui a appuyé sur le déclencheur, il semble parfaitement injustifié que, par ce petit geste, il s’impose à tous ceux qui ont participé à cette reproduction, depuis le tireur jusqu’à l’ouvrier de l’imprimerie ou l’installateur de l’exposition, en passant par le transporteur, l’éditeur ou le commissaire. Chacun a apporté son savoir-faire et une mauvaise épreuve ou un mauvais éclairage ruineraient les meilleures photographies. L’auteur devrait alors se dissoudre de main en main jusqu’à n’être plus qu’un maillon de l’institution photographique. Bien mieux, celui qui a pris la photographie était sans aucun doute tributaire d’un appareil photographique fabriqué par une industrie, et aussi des goûts du public, du succès assuré ou des rencontres de personnes bien placées. Willy Ronis a certainement profité de la demande internationale pour une sorte de welfare français dont étaient friands les Américains après les investissements du plan Marshall. Et, en contrepartie, combien d’index déclenchants n’ont jamais laissé de renommée, faute d’avoir été partie prenante de ce marché des images qu’assurent la mode et le principe de l’offre et de la demande ? Des milliers, des millions de photographes restent ainsi inconnus et le resteront à moins que le marché redécouvre leurs photographies. Il faudrait alors en conclure que le nom du photographe n’est qu’un label de distribution des images, une marque et un certificat de vente. Suivant les fluctuations du goût, il s’efface lorsque d’autres apparaissent, devient gage d’archaïsme ou de contemporanéité, pour des distributions plus ou moins spécialisées en fonction des attentes de telle ou telle cible commerciale. Demarchy pour les pictorialistes, Mapplethorpe pour les gays, Tosani pour les plasticiens, etc.

Il en va tout autrement sous l’égide du don. Ici, le nom de l’auteur désigne clairement le regard que je regarde et, par conséquent, celui envers lequel je suis en dette d’un contre-don. Il est l’adresse du retour de mon regard, motivée par la photographie que j’ai sous les yeux. En somme, le regard de Willy Ronis m’advient avant son nom. La photographie a court-circuité tous les contrats intermédiaires, y compris le copyright qu’un certain Ronisen a signé. Willy Ronis n’est pas le nom de la personne qui a pris la photographie, mais l’horizon de mon regard ; il est le nom pour lequel je dois rendre mon contre-don. Et ce n’est donc que dans la photographie même que je puiserai le motif de mon dire, dans le point de vue que je vois, la mise en scène, les réglages, les gestes qui l’ont produite.

Trois poèmes de Prévert

Trois poèmes du recueil Spectacle de Jacques Prévert

(un hasard approximatif a choisi les pages 344 à 347

de l’édition La Pléiade, Gallimard, Œuvres complètes, tome 1)

 

ON

 

C’est un mardi vers quatre heures de l’après-midi
au mois de février
dans une cuisine
il y a une bonne qui vient d’être humiliée
Au fond d’elle-même
quelque chose qui était encore intact
vient d’être abîmé
saccagé
Quelque chose qui était encore vivant
et qui silencieusement riait
Mais
on est entré
on a dit un mot blessant
à propos d’un objet cassé
et la chose qui était encore capable de rire
s’est arrêtée de rire à tout jamais
Et la bonne reste figée
figée devant l’évier
et puis elle se met à trembler
Mais il ne faut pas qu’elle commence à pleurer
Si elle commence à pleurer
la bonne à tout faire
elle sait bien qu’elle ne pourrait rien faire
pour s’arrêter
Elle porte en elle une si grande misère
elle la porte depuis si longtemps
comme un enfant mort mais tout de même encore un petit peu vivant
Elle sait bien
que la première larme versée
toutes les autres larmes viendraient
et cela ferait un tel vacarme
qu’on ne pourrait le supporter
et qu’on la chasserait
et que cet enfant mourrait tout à fait

Alors elle se tait.

 

 

 

LE DERNIER CARRÉ

Un alcoolonel d’infanterie tropicale
frappé d’hémiplégie anale
s’écroule dans le tourniquet aux tickets
bloquant à lui seul
l’entrée de toute une exposition coloniale

Ses dernières paroles
Ils ne passeront pas.

 

LES MYSTÈRES

DE SAINT-PHILIPPE-DU-ROULE

 

Poursuivi par une chaisière
un bâton de chaise s’enfuit
pour aller vivre sa vie
Un fidèle distrait veut s’asseoir
sur la chaise maintenant à trois pieds
Il s’écroule
On le relève à la fin de la messe
le tronc fracturé
Et de ce tronc s’échappent des milliers de pièces de monnaie qui roulent sur les dalles
Un vrai scandale !